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La Mort et le bûcheron

Jean de la Fontaine - XVIIème siècle

Un pauvre bûcheron, tout couvert de ramée,
Sous le faix du fagot aussi bien que des ans
Gémissant et courbé, marchait à pas pesants,
Et tâchait de gagner sa chaumine [1] enfumée.
Enfin, n’en pouvant plus d’effort et de douleur,
Il met bas son fagot, il songe à son malheur.
Quel plaisir a-t-il eu depuis qu’il est au monde ?
En est-il un plus pauvre en la machine ronde [2] ?
Point de pain quelquefois, et jamais de repos.
Sa femme, ses enfants, les soldats [3], les impôts,
Le créancier et la corvée
Lui font d’un malheureux la peinture achevée.
Il appelle la Mort ; elle vient sans tarder,
Lui demande ce qu’il faut faire.
C’est, dit-il, afin de m’aider
A recharger ce bois ; tu ne tarderas guère [4].

Le trépas vient tout guérir ;
Mais ne bougeons d’où nous sommes :
Plutôt souffrir que mourir,
C’est la devise des hommes.

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[1] chaumière

[2] la Terre

[3] A l’époque, il n’y avait pas de casernes et les soldats logeaient chez l’habitant, gratuitement, cela était redoutable...pour l’habitant.

[4] cela ne te demandera pas longtemps


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