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La carpe et les carpillons

Florian - XVIIIème siècle

"Prenez garde, mes fils, cotoyez moins le bord,
Suivez le fond de la rivière ;
Craignez la ligne meurtrière
Ou l’épervier plus dangereux encor."
C’est ainsi que parlait une carpe de Seine
A de jeunes poissons qui l’écoutaient à peine.
C’était au mois d’avril ; les neiges, les glaçons
Fondus par les zéphyrs descendaient les montagnes ;
Le fleuve enflé par eux s’élève à gros bouillons,
Et déborde dans les campagnes.
"Ah ! ah ! criaient les carpillons,
Qu’en dis-tu, carpe radoteuse ?
Crains-tu pour nous les hameçons ?
Nous voilà citoyens de la mer orageuse ;
Regarde : on ne voit plus que les eaux et le ciel ;
Les arbres sont cachés sous l’onde ;
Nous sommes les maîtres du monde ;
C’est le déluge universel."

"Ne croyez pas cela, répond la vieille mère ;
Pour que l’eau se retire, il ne faut qu’un instant :
Ne vous éloignez point, et, de peur d’accident,
Suivez, suivez toujours le fond de la rivière."
"Bah ! disent les poissons, tu répètes toujours
Mêmes discours.
Adieu, nous allons voir notre nouveau domaine."
Parlant ainsi, nos étourdis
Sortent tous du lit de la Seine,
Et s’en vont dans les eaux qui couvrent le pays.
Qu’arriva-t-il ? Les eaux se retirèrent,
Et les carpillons demeurèrent ;
Bientôt ils furent pris
Et frits.


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